La vie ne se compte pas en respirations mais en moments qui nous ont coupé le souffle

Voici le message d’une battante, Nancy Mawn qui est passé à l’émission: »tout le monde en parle » dimanche dernier. Un moment de télévision rare, qui redonne les lettres de noblesse à ce medium. J’en suis encore tout bouleversé…D’habitude, j’écris mes billets d’un seul trait, celui-ci m’a demandé un peu plus car j’ai essayé de saisir le premier et le deuxième niveau de cette entrevue.

C’est une dame atteinte du cancer et qui n’a que trois mois à vivre et qui a comme dernier espoir celui de voir la naissance de sa petite fille qui doit arriver bientôt soit en juin. Elle avait demandé à assister comme spectatrice à l’émission de G.A.Lepage et ce dernier s’est entretenu avec elle; elle l’a tellement touchée, qu’il lui a fait une invitation pour une entrevue, vous connaissez la suite. Une femme charmante, articulée, qui d’entrée de jeu déclare: » on est ici pour se parler des vraies affaires… » et elle enlève sa perruque! Là, elle est devenue belle à mes yeux! À travers les question de l’animateur on sent une femme qui est en paix avec elle-même, sereine qui lance comme ça:  »la mort, cela fait partie de la vie, ça vient avec… » j’sais pas si c’est exactement ce qu’elle a dit mais c’est ce que j’ai retenu. Elle consacre ses derniers moments de vie à faire des choses qu’elle aime, à gérer tout ce qu’elle peut gérer pour que ses proches n’aient pas de problèmes, elle fait face à la maladie car » il faut regarder en avant si on veut faire face aux problèmes » en réponse à une question de Lepage. Puis l’entrevue se termine et elle remet une carte aux deux animateurs: ‘‘La vie ne se compte pas en respirations mais en moments qui nous ont coupé le souffle. »

Voilà pour le premier niveau. Elle a touché pas mal de monde, (ça pleurait dans l’assistance et dans mon salon!) mais pourquoi? Parce qu’elle va mourir? Pleins d’infirmiers et d’infirmières et docteurs vivent cela chaque jour…ils n’en font pas un plat, la raison est ailleurs. Avec le recul, deux ou trois pistes émergent. La première, cette femme vit le moment présent intensément; ce qui me fait dire que le temps se matérialise dans le moment présent avant ou après il n’est qu’une pensée, il ne se vit qu’avec la tête, l’intellect. Dans le moment présent on vit le temps avec tous ses sens, elle nous a démontré comment c’est beau mais aussi comment c’est un apprentissage difficile que celui de vivre au présent. Deuxième piste, elle nous envoie en pleine face et de façon sereine ce que nous ne voulons pas voir: nous ne sommes pas immortels. Pourtant, on sait que tout a une fin: le coureur voit la ligne d’arrivée, le hockeyeur sait qu’il reste deux minutes avant la fin de la troisième période, nous savons que dans deux ans on va prendre notre retraite…mais elle, dans trois mois il n’y aura pas une autre course, une autre joute de hockey, TOUT sera fini. Elle en parle avec tant de sérénité parce qu’elle a lâché prise mais n’a pas abandonné ce qu’elle aime, elle reste elle-même avec ses forces et ses faiblesses, elle vit pleinement son moment présent, centrée sur ce qui compte pour elle. Apprendre à se détacher, à défaire les noeuds de notre vie pour trouver la liberté, c’est peut être la seule façon de faire face à la mort tout comme lorsqu’on naît il y a quelqu’un qui coupe un cordon pour que nous puissions trouver notre liberté de vivre; par la suite on passe le reste de notre vie à essayer de se rattacher à pleins de choses comme si notre vie était un voilier qui a besoin de ses amarres pour ne pas avoir l’impression d’être à la dérive…

Ce qui m’a également touché c’est le contexte: imaginez, quelques minutes plus tard un vendeur de maison qui parle d’une résidence de $27 millions à vendre! Comme quoi tout est question de perspective, si Nancy n’est pas là, le sujet de la maison m’aurait intéressé mais comme je suis encore sous le choc, j’ai décroché du reste de l’émission. Une question de perception sans doute, le noir à côté du blanc, la futilité et la profondeur, le matériel et le spirituel, le fameux univers des polarités dont nous sommes tous faits. Hop! on passe à un autre appel! Nancy tu peux mourir maintenant, nous on doit vendre une maison. C’est vrai, j’ai déjà oublié que tout est éphémère même les moments intenses qui nous ont coupé le souffle.

Cet article a 13 commentaires

  1. Laurent

    Salut Robert,

    Merci pour cette réflexion, au coeur de ton thème, et sur une entrevue que j’ai manquée. Je pense qu’en bout de piste, j’ai autant sinon mieux que la chose elle-même grâce à tes deux-trois efforts d’écriture!
    Comme tu le dis si bien, tout passe, le superficiel comme le profond, nous comme les autres,l’essentiel comme l’accessoire, les joies comme les peines.
    Qu’est-ce qui reste au juste? Celle-celui qui regarde passer le show? Ceux celles qui regardent celle-celui qui regarde passer le show? CELUI-CELLE qui regarde qui regarde qui regarde…?
    L

  2. Robert

    Merci Michel pour le lien, allez le voir ça en vaut la peine.

  3. Ötli

    Remettre la question de la mort au coeur de notre société occidentale qui fait tout pour la zapper n’est pas chose aisée 😉 Et pourtant ! Faire face à l’idée de sa propre disparition – et surtout celle de ceux que l’on aime – est une question incontournable pour… apprendre à vivre !
    Merci Robert, une fois encore pour ton témoignage.

    Du coq à l’âne… je « connaissais » Marcel Béliveau, pour avoir vu un ou deux trucs au hasard des télés des autres 😉 et donc, merci… (aussi)

  4. Line

    je n’ai pas regardé l’entrevue je vais le faire, merci Robert pour osé parler d’un sujet si tabou, si difficile, tu as une belle sensibilité !!

  5. Robert

    Je n’ai été que le relais du courage d’une personne, une autre perspective sur le temps qui passe…

  6. Ghislaine Clot

    Merci Robert pour ce témoignage, et merci de t’être laissé toucher, et de me toucher à mon tour.. Moi dont chaque nuit depuis 15 ans est rythmée par le souffle du respirateur qui insuffle la vie à mon enfant qui dort… La vie, la mort.. En médecine chinoise, il est question de choisir entre sortir dans la vie, ou rentrer dans la mort.
    Alors le souffle de vie, c’est d’abord le souffle du lien, et de l’amour..
    Bonne nuit !!

  7. Robert

    Merci Ghislaine, j’aime l’expression  »sortir dans la vie, rentrer dans la mort » il y a toujours une porte que l’on doit franchir…bonne journée

  8. maryline

    Je n’ai pas vu l’émission mais l’émotion est intacte à travers ta description et me donne envie de suivre le lien. Merci !

  9. Robert

    Merci pour ton commentaire.
    Tu verras qu’elle est très inspirante.

  10. Jean

    Très beau commentaire mon cher Robert. Tout comme toi, ma douce et moi avons eu les yeux plein d’eau en regardant mais surtout en écoutant les paroles de sagesses et de réconfort que Nancy nous a laissé. Après l’entrevue je n’ai pas vu la mort de la même façon. Sa sérénité et sa générosité était tout à fait remarquable. Merci pour ce sommaire et merci pour le lien. Je retournerai sûrement le voir pour me retramper dans cette sagese.

    Jean

  11. Robert

    C’est vrai qu’elle nous invite à voir la mort autrement. Nos avons été éduqué à la percevoir comme une fin mais tout d’un coup que ce serait le début de quelque chose d’autre…

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