
Après 43 ans de carrière et six organisations au sein desquelles j’ai oeuvré, le rideau est finalement tombé mercredi. J’ai donné ma dernière session de formation à des gestionnaires dans le cadre d’un programme de développement du leadership. Faire le bilan d’une telle aventure n’est pas chose facile, c’est pourquoi j’ai choisi d’y aller en mode “écriture automatique”,j’écris sans me relire, je laisse émerger on verra bien ce que ça donnera…
En bon nord américain que je suis, la première réflexion se fait autour de la performance. J’ai passé ma vie dans le monde de l’éducation, des enfants et des adultes sauf pour 5 ans où j’ai exercé l’art de gérer. Ai-je été un bon gestionnaire? un bon pédagogue, un bon formateur? Sur une échelle de “poche à excellent” je me situerais dans les “très bons” juste avant excellent. J’ai eu comme tout le monde des bons coups mais aussi des échecs cuisants, la vie normale quoi! J’ai toujours eu pour moi des standards très élevés c,est pourquoi aujourd’hui je me sens plus indulgent envers moi-même.. et que je me décerne la dite note!
Mais la chose dont je suis le plus fier est sans doute de n’avoir fait ou presque jamais de compromis sur mes valeurs profondes, de justice, d’équité de dépassement de soi, d’honnêteté, d’authenticité. Très tôt j’ai appris à me responsabiliser de mes actes, de ma vie et cela a teinté l’ensemble de mes 43 ans de vie professionnelle.
J’ai travaillé fort parce que j’aimais mon travail mais aussi parce que je voulais offrir à ma petite famille la sécurité financière nécessaire pour avoir un retraite paisible. Je crois avoir atteint mon objectif avec l’aide de mon amoureuse.
J’aurai passé probablement 50% de ma vie à aider les autres, à développer leurs compétences, à les accompagner dans la résolution de problèmes de gestion, à faire d’elles et d’eux de meilleures personnes et de meilleurs gestionnaires. Avec le recul, je me demande des fois si ce que j’ai fait a réussi à faire avancer d’un petit pas l’humanité dans ce que je crois être la bonne direction car j’ai rarement pu voir le fruit de mes efforts contrairement à un menuisier ou un mécanicien de voitures qui voient concrètement le fruit de leurs efforts; dans le monde de la gestion comme dans le monde de l’éducation, nous sommes dans l’intangible, dans l’abstrait, c’est pourquoi je dois me rabattre sur cette histoire du garçon qui rejetait à la mer des étoiles de mer trouvées sur le rivage, il y en avait de milliers mais à chaque fois il se disait:”je ne les sauverai pas toutes mais au moins pour celle-ci j’aurai fait ma part, j’aurai fait ce que j’avais à faire;” je n’ai pas à me sentir responsable de l’univers, seulement de mes actes….
Un jour j’avais dit que je me sentais comme un vieux cheval qui voulait se débarrasser de son attelage et qui rêvait de flâner dans le pâturage.
Hier j’ai enlevé le dernier morceau d’attelage, un nouveau défi cependant m’attend, celui de goûter au pâturage, car dans ma tête et mon esprit subsistera sans doute encore pour un certain temps ce sentiment d’avoir à continuer à me sentir utile dans cette société où le travail est une valeur prédominante. C’est pourquoi j’ai commencé à faire du bénévolat en attendant d’apprivoiser ce nouveau plaisir celui d’avoir plus de temps pour moi et mon amoureuse, ce fameux temps qui passe… Cesser d’avoir une vie professionnelle active c’est probablement comme se faire amputer un membre, il semblerait que le cerveau envoie des ondes qui laissent croire qu’il est encore là…
Dans mon cas ce retrait définitif s’est fait progressivement et mon être s’adapte tout doucement à cette nouvelle réalité mais je savais dans ma tête qu’il restait ces deux jours de formation, aujourd’hui la boucle s’est fermée; ce billet se veut davantage un symbole pour souligner à ma façon ce passage important dans ma vie. Je suis bien conscient de ne pas avoir fait le tour du sujet et qu’un bilan plus complet serait approprié mais j’aurai certainement l’occasion d’y revenir.
Pour certains cet événement est loin, pour d’autres,tout près et finalement pour certains c’est déjà chose du passé, à tout hasard je vous laisse mes top 10, des leçons apprises au cours de ces 43 ans de vie professionnelle.
1. Il n’y a pas un poste, un emploi, une organisation qui vaut le prix de sa propre santé physique ou mentale
2. Dans les organisations il est facile d’être sarcastique, beaucoup plus difficile d’être réaliste, optimiste
3. Si tu n’as plus de plaisir change d’emploi
4. Si tu as une chose à valoriser c’est le respect de soi et des autres
5. L’authenticité a toujours meilleur goût
6. Tu ne peux pas toujours choisir ton patron, tes co équipiers mais tu as toujours le choix de choisir comment vivre ta relation avec eux ou elles.
7. Si tu veux avoir de l’impact, développe ton pouvoir, ta crédibilité et ton influence
8. La collaboration c’est toujours plus payant que la confrontation et la compétition
9. Sois toi-même sinon qui le sera à ta place, ce que tu es c’est ton premier outil comme gestionnaire
10. Ton travail tout important qu’il soit ne sera toujours qu’une dimension de ta vie, ne perds pas de vue l’équilibre