
Je pars pour Trois Pistoles où je vais préparer ma première exposition (et possiblement la dernière!) de 10 de mes photos durant tout l’été à la maison de l’écrivain située juste à côté du théâtre d’été de Victor Lévy Beaulieu. Si vous passez par là, arrêtez et venez faire un saut à l’atelier.
Voilà pour le commanditaire. ce que je veux partager avec vous, c’est l’expérience que m’a fait vivre cet événement et dont les dernières manifestations viendront à la fin de l’été avec la réponse du public. Tout d’abord au premier degré, le défi du choix: retenir 10 photos parmi des milliers; aucune connaissance de la clientèle, le seul critère étant de promouvoir la région, pas facile à faire ce choix. Alors j’ai fait une série de cartes de souhait avec des paysages et maisons du village, son vieux quai, sa très belle église, les couchers de soleil, 13 modèles, mais l’exposition? Je n’arrivais pas à me décider entre choisir des photos originales (lire ici travaillées avec Photoshop…) et des photos plus traditionnelles. J’ai laissé mijoter et ce qui m’est apparu fut le thème des fleurs, ma première passion de ma quête photographique, mais encore là, lesquelles choisir parmi des centaines! J’ai vécu ce que toute mère vit: on ne peut lui demander de choisir un de ses enfants! Je les aime toutes mes fleurs, ce qui a généré chez moi un sentiment d’abandonner certaines photos au profit de 10 élues! Mais finalement j’ai arrêté mon choix et deuxième vague: elles ne sont pas si belles que ça! Je les ai tellement vues et revues que mon regard s’est usé, il m’a fallu le regard extérieur d’une autre personne pour me convaincre qu’elles étaient belles et…présentables.
Chez les Grecs des temps anciens, on croyait que la créativité était un génie qui apportait sa contribution à l’artiste, ce qui était bien utile car si ce n’était pas bon, c’était la faute du génie qui n ‘avait pas fait son job! mais aujourd’hui avec ce foutu concept de “l’homme responsable” (concept que j’ai défendu tout au long de ma vie professionnelle) je suis le seul à blâmer de ma créativité, de mon talent. Ce qui m’amène au deuxième niveau, l’expérience émotive de faire une exposition. Et j’ai découvert que cette aventure me connecte directement à ma vulnérabilité, sentiment qui est complètement annihilé dans notre société, au contraire, on nous fait croire que nous sommes invincibles, tout puissants, mais dans les faits nous sommes vulnérables à tout moment de notre vie par exemple, le téléphone qu’on attend du docteur, notre fille qui n’est pas entrée à la maison, notre amoureuse qui est enceinte, à bien y penser il y a plus de moments dans ma journée où je suis vulnérable que je suis en contrôle…Alors, faire une exposition c’est sauter pieds joints dans la vulnérabilité et pire encore, ce sentiment s’accompagne de la honte et de la peur, honte de “penser” que j’ai assez de talent pour faire une exposition, honte d’afficher un prix à la photo, peur de ne pas être valorisé, peur de… peur de…On engourdit notre vulnérabilité au point de ne plus la sentir c’est pourquoi lorsqu’un événement important comme la mort d’un ami ou tout simplement faire une exposition nous remet en contact avec cette vulnérabilité, que nous sommes humains, qu’un jour ça va finir; si on montrait davantage notre vulnérabilité à l’autre possiblement que ça irait mieux dans le monde mais c’est une autre affaire…
En faisant cette exposition j’ai d’abord pensé au potentiel, ce que cela pourrait m’apporter, je ne suis qu’au début de cette aventure mais déjà je sais que ce ne sera pas cela. Cette exposition va être pour moi une occasion formidable d’apprentissage, celui de m’accepter tel que je suis avec mes forces, mes talents mais aussi d’accepter ma vulnérabilité, accepter d’être vulnérable, ne pas tricher, être vrai. Dernièrement, j’ai lu une pensée de Félix Leclerc:”Pour faire du beau, pour faire du joli, il faut d’abord faire du vrai” c’est peut être ça qu’il voulait dire…
Où tout cela va-t-il me mener? Possiblement vers d’autres émotions, d’autres sentiments, c’est à suivre, mais je réalise encore une fois que communiquer c’est d’abord et avant tout prendre un risque, être l’artisan, être l’artiste de sa propre vie, voilà le chemin à suivre et tant pis si le petit génie ne vient pas me donner un coup de main, je continuerai à faire de la photo, à écrire mon blog parce que c’est ma façon à moi de montrer ma vulnérabilité.