Je ne peux passer sous silence l'affaire Orélien qu'on "accuse" d'avoir utilisé l'intelligence artificielle pour écrire son roman.
Si j'aborde le sujet c'est, qu'en toile de fond, il y a deux thèmes qui m'interpellent à savoir l'intelligence artificielle et l'art. Si il n'était pas un écrivain, donc un artiste, je ne crois pas que cet événement aurait eu autant d'importance, à preuve, est-ce que l'on s'offusque de nos politiciens qui nous font des discours qui ont été écrits entièrement par un membre de leur équipe? Est-ce qu'on monte aux barricades parce que les journalistes utilisent à tour de bras l'intelligence artificielle pour leurs textes?
Ma réflexion n'est pas de savoir si il est coupable ou non mais plutôt qu'est-ce qui a dérangé tant de monde? Une partie de la réponse selon moi est que ça se passe dans l'univers des arts.
L’art est une démarche.
Avez -vous remarqué que lorsque l’on regarde une oeuvre d’art on regarde le produit fini, et de ce que j’ai cru comprendre, c’est un peu réducteur. Bien sûr ce qui vous intéresse c’est la photo que j’ai prise et non les 200 km fait dans de mauvaises conditions atmosphériques, ma camera qui a figé, ou que je n’étais plus capable de la démarrer et que ce matin là où j’ai capté ce huard sur le lac il faisait presque 0 degrés pour une journée de juillet. Et c’est là que ça devient intéressant, le produit fini est l’aboutissement d’une démarche et comme le dit Thomas Hammoudi:
« L’art est une pratique. Une recherche. Une façon de se coltiner le monde, de ne pas savoir exactement où l’on va, de faire des choix, de rater, de recommencer et, parfois, de découvrir ce que l’on cherchait après l’avoir trouvé ».
Pis? Vous allez me dire c’est quoi le rapport avec l’IA?
C’est que pour produire un produit fini (ici je fais référence à l’intelligence artificielle générative) tu n’as qu’à écrire ton « prompt » (invite en français) et l'IA va te fournir 4 choix et il ne te reste qu’à choisir, pas content? On clique une autre fois et 4 nouvelles versions apparaissent…
La pratique est plutôt courte! Tout ce que l’IA demande c’est une intention et de viser un résultat. Elle veut une commande pour produire ce que tu désires. Ça me fait penser en écrivant ces lignes que beaucoup d ‘artistes ont répondu à des commandes mais il avaient le contrôle sur leur démarche, ce que nous ne permet pas l’IA. Et qu'il ne faut pas l'oublier que la plupart des artistes ont à leur débuter copier les autres (j'en parle dans mon article "C'est quoi être un artiste?")
Le processus regarde l’artiste, le résultat regarde le public.
J'utilise souvent dans ma pratique créative l'IA, par exemple, si dans une composition il me manque un élément je vais faire appel à l'IA pour l'obtenir mais par la suite je le transforme, avant de l'inclure dans mon "oeuvre". Imaginez un écrivain qui cherche un mot pour bien représenter son idée, que fait-il? Il sort son dictionnaire et utilise le mot trouvé qui correspond à son besoin...
Comme j'ai beaucoup de photos je trouve souvent ce dont j'ai besoin ou en matière de graphisme digital je m'inspire de l'IA seulement pour démarrer ma démarche, comme point de départ.
Est-ce que l'IA est de l'art?
Ma réponse est: "ça dépend" de la démarche entreprise. Comme je l'ai dit plus haut, une fois l'oeuvre terminée et rendue au public, l'artiste n'a plus de pouvoir, le seul endroit où il en a eu c'est sur son processus, sa démarche de création. Quand on fait appel à l'IA on place une commande, comme à l'épicerie, pas beaucoup de créativité là-dedans!. Oui on peut faire de l'art avec l'IA comme avec un appareil photo, un pinceau, mais le secret est d'utiliser le résultat obtenu comme un point de départ, non pas comme une livraison.
C'est ce que l'on reproche à monsieur Aurélien, il a livré une commande passée à quelqu'un d 'autre.
Ajouter un commentaire
Commentaires